Les combattants d’Azov, la gifle diplomatique de Volodymyr Zelensky à Vladimir Poutine

Le président ukrainien a célébré ce week-end le retour en Ukraine de plusieurs combattants du régiment Azov, connu pour sa défense de l’usine Azovstal à Marioupol. Une annonce qui a pris Moscou de court et qui constitue une humiliation diplomatique pour Vladimir Poutine.

Publié le : 10/07/2023 – 18:16

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La mine visiblement satisfaite, Volodymyr Zelensky se tient sur le tarmac en Turquie. Sur fond de musique chargée en violons et autres accords mélodramatiques, le président ukrainien attend. Il sait que le cortège de voitures en approche, filmé au ralenti, transporte ceux qu’il va qualifier de « héros » : des combattants du régiment Azov qui peuvent, avec l’accord d’Ankara, rentrer en Ukraine ce samedi 8 juillet.

« Nous rentrons de Turquie en ramenant nos héros à leurs proches. Gloire à l’Ukraine », proclame le président ukrainien, alors que sur les images de cette vidéo de propagande, les accolades se succèdent entre Volodymyr Zelensky et les cinq combattants qui n’avaient plus mis un pied en Ukraine depuis la fin du siège de Marioupol, en mai 2022.

Cadeau d’Erdogan à Zelensky

La mise en scène du retour au bercail de ces combattants d’Azovstal – le nom du complexe industriel à Marioupol qui a permis à des combattants ukrainiens de tenir tête à l’armée russe pendant des semaines – est « une immense opération de com’ réussie », assure Ryhor Nizhnikau, spécialiste de la politique ukrainienne à l’Institut finlandais des affaires internationales. « Militairement, ce n’est pas très important. Mais c’est une victoire incontestable d’un point de vue politique et diplomatique », confirme Jeff Hawn, spécialiste du conflit en Ukraine et consultant extérieur pour le New Lines Institute, un centre américain de recherche en géopolitique.

Moscou s’est d’ailleurs empressé de condamner toute l’opération. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a regretté d’avoir été mis devant le fait accompli et a déploré la décision turque qui serait « en violation directe des accords existants ».

Les cinq combattants se trouvaient en effet en Turquie à la suite d’un échange de prisonniers négocié en septembre 2022 entre Ankara, Kiev et Moscou. La contrepartie : Viktor Medvedtchouk, un oligarque ukrainien très proche de Vladimir Poutine. Moscou avait alors accepté de relâcher 215 combattants ukrainiens, dont plus de cent membres du régiment Azov qui avaient participé au siège de Marioupol. La Russie assure avoir posé une condition : que ces soldats restent en Turquie jusqu’à la fin de la guerre.

Le fait que le président turc Recep Tayyip Erdogan ait relâché cinq combattants à la demande de son homologue ukrainien constitue ainsi « une véritable humiliation pour Vladimir Poutine », assure Ryhor Nizhnikau. La Turquie « était l’un des derniers pays à avoir une attitude quelque peu conciliante avec la Russie. Là, elle semble prendre davantage de distances », ajoute Jeff Hawn. 

Au Kremlin, les responsables doivent aussi se demander si ce cadeau turc à Kiev est le signe d’un vrai changement de cap diplomatique. Si Ankara décide de s’aligner davantage sur les positions occidentales, « cela pourrait devenir économiquement très douloureux pour la Russie, car la Turquie est soupçonnée de fermer encore souvent les yeux sur les techniques de contournement des sanctions utilisées par Moscou pour continuer à faire du commerce », observe Jeff Hawn.

Des « héros » qui pourraient devenir encombrants ?

Cerise sur le gâteau, cette concession aux Ukrainiens concerne un régiment honni à Moscou. « Le bataillon Azov, qui traîne depuis ses origines une réputation de milice d’extrême droite, a toujours été présenté par la propagande russe comme l’illustration d’un pouvoir ukrainien sous influence nazie qui doit être abattu », rappelle Ryhor Nizhnikau.

Cette libération anticipée renforce, en outre, l’impression en Russie que l’accord d’origine était peu équilibré. « L’opinion publique avait déjà mal digéré que des centaines de combattants ukrainiens soient libérés afin qu’un seul oligarque puisse se réfugier à Moscou. La pilule sera d’autant plus difficile à avaler si, en plus, ces Ukrainiens peuvent retourner au pays avant la fin du conflit, et, potentiellement, repartir se battre », résume cet expert. L’un des commandants du régiment Azov a d’ailleurs assuré qu’il comptait bien aller sur le front dès qu’il le pourrait.

Pour Volodymyr Zelensky, c’est aussi une importante réussite sur le plan interne. « L’opinion publique ukrainienne avait trouvé l’opportunité du déplacement en Turquie discutable alors que la contre-offensive est en cours. Mais l’annonce de la libération des combattants d’Azov a fait taire toutes les critiques », souligne Ryhor Nizhnikau.

Le pouvoir ukrainien peut aussi espérer que ce retour à la maison des « héros de Marioupol » intervienne au meilleur moment pour le moral des troupes. Le souvenir ainsi ravivé de la résistance acharnée des combattants retranchés à Azovstal peut « servir d’exemple à suivre pour les troupes actuellement au front » alors que la contre-offensive semble être plus difficile à mener que prévu, assure Jeff Hawn.

Mais le président ukrainien doit aussi veiller à ne pas trop mettre en avant les « héros » du régiment Azov. D’abord, parce que « l’aura qui entoure dorénavant les combattants de ce bataillon rappelle qu’une certaine forme de nationalisme plus radical – incarné par ce régiment – est devenue plus acceptable par l’opinion publique ukrainienne », souligne Ryhor Nizhnikau. Un sentiment national qui ne correspond pas forcément aux valeurs que le président ukrainien entend mettre en avant pour son pays au-delà du conflit. 

« Tous les commandants du bataillon Azov ne soutiennent pas non plus Volodymyr Zelensky », poursuit Ryhor Nizhnikau. Des différences qui ne pèsent pas lourd face à l’impératif du moment qui est de repousser l’armée russe. Mais là encore, « à plus ou moins long terme, cela peut poser des problèmes politiques au président ukrainien », juge Jeff Hawn. Mais Volodymyr Zelensky pouvait difficilement manquer l’occasion d’humilier Vladimir Poutine.

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