Harkis : la fierté par-delà les peines

Sur la scène d’une salle communale fort commune, une femme s’exprime qui, elle, ne l’est pas. Fatima Djemaï demande une minute de silence en mémoire des combattants originaires du département de l’Algérie, dont était son père, français par l’Histoire, par la culture et par le sang versé. Deux-cent personnes se lèvent, mutiques, le front baissé. Pour l’essentiel des personnes âgées : des harkis, veuves, fils et filles de harkis. La troisième génération est là aussi, plus discrète, à l’écoute des témoignages de leurs aînés. Dans le discours de la grande dame, un sourd sentiment de fierté l’emporte sur l’âpreté des épreuves. Avec une émotion contenue, elle rappelle son enfance champenoise et exhorte à « regarder avec respect, humilité et affection tous ceux qui ont fait le choix de rester français ».

L’association que préside Fatima Djemaï, Harkis et Anciens Combattants de la Marne, est à l’initiative de l’événement, auquel ont été conviés le préfet, la députée Lise Magnier, des associations locales et la Commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, créé en février 2022.

Son président, Jean-Marie Bockel, prend à son tour la parole. Il souligne la fierté que chaque famille de harki lui a exprimée depuis deux ans, reconnaissant la dimension irréductiblement humaine du travail de la Commission : « Il y a des vécus et des tragédies qui ne sont pas indemnisables, pas réparables. Mais notre honneur à nous est de faire vivre la loi au mieux, selon une lecture bienveillance de ses critères. »

Dans la pratique, les anciens harkis, mais aussi leurs conjoints, enfants ou personnes à charges, sont éligibles pour envoyer une demande par courrier ou sur le site harkis.gouv.fr. « Ça marche surtout par le téléphone arabe ! », plaisante Fatima Djemaï pour désigner la bouche-à-oreille qui a cours parmi les harkis. Le dossier est ensuite traité par l’Office national des combattants et des victimes de guerre (ONaCVG), puis validé par la commission qui siège chaque mois. Sur les 33 000 dossiers reçus, 14 000 ont été traités, 12 000 indemnisés.

Plus que la revendication, c’est la fierté qui domine dans les témoignages

« Ne faites pas de distinction, donnez à tous, nous avons tous souffert ! », gronde un fils de harki présent dans la salle. Jean-Marie Bockel avait prévenu : « On est aussi là pour se faire engueuler. » Le travail de la commission est minutieux. Les historiens reconstituent des sites dont il ne restait presque plus de trace : 45 nouveaux, pour l’essentiel des hameaux de forestage, sortis de l’oubli et ajoutés au décret qui n’en comptait que 87 initialement. Ces sites, associés à l’examen des dossiers de rapatriés, permettent d’allouer une réparation de 1 000 euros pour chaque année dans un camp, 3 000 euros la première année.

La suite après cette publicité

Plus que la revendication, c’est la fierté qui domine dans les témoignages. Le capitaine de gendarmerie Anneg Hachemi, 51 ans, raconte l’histoire de son père qui, suivant l’exemple de ses parents engagés pour la Libération, a rejoint l’armée à 15 ans – il avait falsifié sa carté d’identité pour contourner la limite d’âge.

Militaire harki de 1959 à 1965, sauvé in extremis par son chef de section, considéré en France comme un réfugié et non comme un rapatrié à part entière, ce père valeureux a réussi une parfaite intégration à Fère-Champenoise, ville où le Maire lui a appris à lire et à écrire. « Mes trois frères ont eux aussi rejoint l’armée. Mon père disait qu’il fallait donner à la France plus encore qu’elle nous avait donnée. Nous avons perdu l’usage de la langue arabe et de la religion. Nous avions une éducation très stricte. »

« Aujourd’hui, les jeunes ne reçoivent plus de claques et ça fait les émeutes ! »

Quelqu’un du même âge se lève et abonde : « On prenait des claques. Aujourd’hui, les jeunes ne reçoivent plus de claques et ça fait les émeutes ! » Une fois la parenthèse refermée, le capitaine avoue n’avoir qu’un regret – « un bémol », comme il dit : « ne jamais être retourné en Algérie, ne pas savoir d’où je viens. » « Il n’est pas trop tard ! » répondent certains, mais le gendarme tempère : « Ça reste compliqué, surtout pour les militaires. » Madjid Khellout, trésorier de l’association et fils d’un harki sergent-chef pendant la guerre d’Indochine, confirme que son père a fait une tentative pour revenir dans les années 1970 mais qu’il « s’est fait recaler ».

Autre potion amère : les propos répandus dans une partie de la nouvelle génération de français d’origine maghrébine qui, pour certains d’entre eux, considèrent les harkis comme des « traîtres ». Mais les blessures sont aussi françaises. Certains déplorent le racisme dont ils ont été victimes. Affif Djelti, 64 ans, se rappelle d’une humiliation subie par le directeur des sports et son adjoint à la Mairie de Rouen, qui lui ont demandé de retirer sa veste de quadruple champion du monde de boxe.

Heureusement, d’autres témoignages donnent du baume au cœur. L’engagement de Norhene, 22 ans, petite-fille de harki, dans la gendarmerie où elle tente le concours de sous-officier. Sloane, 18 ans, inscrite comme réserviste, qui remercie « sa famille et son pays ».

Halima, 81 ans, qui se rappelle de son mari, décédé il y a un mois : après l’exode en 1962 et trois mois dans un camp du Larzac, il a coupé du bois dans les Ardennes. « Il travaillait sans jamais se plaindre, et le jour de sa retraite, il est tombé en dépression », raconte la Halima. Quand on lui demande si elle regrette d’être venue en « métropole », sa réponse est catégorique : « Pas du tout, je suis fière d’avoir construit ma maison avec mon mari, je suis fière d’être française. C’est notre Histoire. L’Histoire, c’est le plus important dans la vie, il ne faut jamais l’oublier. »

Cet article a été prélevé d’internet par la rédaction de acvg-chalons.fr pour la bonne raison que ce dernier figurait dans les colonnes d’un blog dédié au thème « Ancien Combattants de Chalons-en-Champagne ». Cette chronique a été générée de la manière la plus complète que possible. Pour émettre des observations sur ce dossier autour du sujet « Ancien Combattants de Chalons-en-Champagne », merci de contacter les contacts indiqués sur notre site web. acvg-chalons.fr est une plateforme numérique qui compile de nombreux posts publiés sur le web dont la thématique principale est « Ancien Combattants de Chalons-en-Champagne ». En visitant de manière régulière nos pages de blog vous serez informé des futures annonces.